220 femmes tuées par leur conjoint, ignorées par la société

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Cet été, le journal Libération a enquêté sur une réalité du même acabit : 220 femmes tuées par leur conjoint, ignorées par la société

Un maillon manquant revient sur cette enquête menée par Juliette Deborde, Gurvan Kristanadjaja et Johanna Luyssen

EDITO

Le 11 juin, un homme en instance de séparation a enlevé sa femme et l’a attachée sur les rails du TGV Paris-Nantes avec du ruban adhésif. Puis il a attendu. On a retrouvé les deux corps le lendemain matin : elle était coupée en deux, il avait été percuté par le train. L’affaire a été expédiée en quelques lignes ou paragraphes dans les médias, l’homme et la femme étant quasiment traités sur le même plan : comme deux victimes. «C’est le geste terrible d’un homme qui a sombré dans une longue dépression», a confié une source proche de l’enquête. Il n’aurait pas supporté qu’elle le quitte, on lui trouverait presque des circonstances atténuantes. Cette histoire est à ce point effroyable que nous l’avons déjà évoquée dans ces pages. Mais le pire, c’est qu’elle est banale.

En France, une femme tombe sous les coups de son conjoint tous les trois jours. Dans l’indifférence la plus totale. Passion, dépression, tels sont les mots utilisés le plus souvent pour expliquer le geste de l’homme, comme pour trouver une justification à son acte. Les femmes et les enfants (souvent témoins du drame) sont quantités négligeables. En 2004 déjà, Blandine Grosjean, alors journaliste à Libération, avait recensé, à partir des dépêches de l’AFP, 29 femmes tuées par leur conjoint en deux mois. L’année suivante, le ministère de l’Intérieur décidait de comptabiliser les morts violentes au sein du couple. La prise de conscience progressait mais pas assez pour mettre fin à ce véritable crime de masse. C’est pour tenter de redonner une existence à ces victimes anonymes que nous avons épluché les journaux locaux, régionaux et nationaux pendant plusieurs mois. Un travail colossal qui va se poursuivre sur notre site afin que ces femmes ne tombent pas totalement dans l’oubli. Chaque mot, chaque image compte, nous sommes tous responsables de cette indifférence.

Alexandra Schwartzbrod

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Publié par Un maillon manquant

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