Prise en charge des violences faites aux femmes, vers la bientraitance

 

La violence faite aux femmes est un problème mondial de santé publique d’ampleur épidémique. Elle a des conséquences majeures sur la santé physique et psychique des femmes et de leurs enfants. Un rapport de 2013 de l’Organisation mondiale de la santé annonce qu’environ une femme sur quatre est concernée en Europe de l’Ouest.

Dans plus de la moitié des cas, ces femmes ont subi les premières violences, sexuelles, physiques ou psychologiques avant l’âge de 18 ans. En France, en 2015, 62 000 femmes entre 20 et 69 ans, vivant en ménage ordinaire, ont subi un viol ou une tentative de viol (enquête VIRAGE ; Violences et rapport de genre ; INED 2016). Avec plus ou moins d’âpreté, ces violences s’inscrivent le plus souvent dans le déni de la société, y compris celui des femmes elles-mêmes, qui ont peur et honte.

C’est souvent vers des médecins ou d’autres soignants que les femmes cherchent un soutien ou un secours en cas de maltraitance. Or, bien que des lois françaises et européennes, votées en 2014, obligent à une formation les professionnels de santé au contact de victimes et bien qu’un item (sur 345) sur le sujet soit proposé depuis peu (2016) au concours national classant des internes, les études et les expériences démontrent une carence évidente de prise en charge des violences faites aux femmes.

Ce maillon qui manque…

Ma pratique de 35 années en tant que gynécologue obstétricienne clinicienne m’a ouvert les yeux. Au plus près du corps et du sexe des femmes, j’ai vu et entendu la souffrance de ces femmes violentées. J’ai mesuré l’ampleur du stress post-traumatique et des séquelles inscrites dans leur corps, leur psyché et leur vie. Cette expérience, cette prise de conscience ainsi que des formations suivies m’ont amenée à la conviction qu’il faut lever les barrières du secret et plus encore du tabou et réagir : comment faire pour que les médecins et tous les professionnels de santé soient réellement capables d’une prise en charge optimale et bienveillante des patientes victimes de violences ?

Avec le partenariat de trois universités (Paris Descartes, Montpellier, Grenoble) et avec des confrères et consœurs souvent de renom (voir ici), j’ai mis en place un diplôme inter universitaire (DIU) : Prise en charge des violences faites aux femmes, vers la bientraitance.

Cette formation de 103 heures en e-learning et en présentiel, s’adresse à toutes les catégories de médecins, généralistes ou spécialistes, mais aussi à des sages-femmes, des kinésithérapeutes…. Les soignants y apprennent à repérer et accompagner les femmes maltraitées. Ils construisent un maillage de liens interprofessionnels centré sur chacune d’entre elles. Prendre en charge ces situations complexes dans un tel réseau personnalisé permet aux soignants de ne pas rester seuls.

Un maillon qui ne manquera plus…

La première promotion d’apprenants passe son examen en juin 2018.

L’association « un maillon manquant », fondée autour de ce diplôme inter universitaire, construit maintenant des sessions de formation courtes auprès d’un public plus large de soignants.

Dre Perrine Millet

praticienne hospitalière en gynécologie obstétrique

Site en cours de reconstruction

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