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Témoignages

Témoignage de Sophie – Romans

Grossesses et accouchements seule, sans le père :
Craignant, inconsciemment pour mes enfants que la présence du père soit destructrice, j’ai laissé partir les pères dès les premiers mois de grossesse, au moindre signe de défaillance.
Si j’avais rencontré des praticien.es informés et formé.es lors de mes grossesses, la 1ère à 29 ans et la seconde à 36 ans, j’aurais sans doute pu prendre conscience de mon vécu de victime de violences psychologiques, physiques et sexuelles depuis la petite enfance. J’aurais ainsi gagné des années de vie et pu me libérer en partie du poids du handicap qui plombe ma vie physique et mentale.
Les occasions ratées ?
– En 1981, lors de la préparation à l’accouchement, j’étais seule, personne n’a interrogé les raisons de cette solitude. Difficile et douloureux de faire cette préparation au milieu de couples de parents.
– En 1988 on m’a proposé l’haptonomie, qui permettait au papa d’entrer en communication avec le futur bébé dans mon ventre. Cela m’a rendue profondément malheureuse de cette différence avec les couples et pères attentionnés.
Personne n’a semblé remarquer ma détresse et ma souffrance. Personne ne l’a interrogée, personne ne m’a guidée vers la prise de conscience.
Ma prise de conscience est progressive et je découvre des bribes de mon histoire au fil des années, des lectures et des rencontres thérapeutiques plus ou moins heureuses.
A l’âge de 64 ans, lors d’une conférence de la Dre Perrine Millet, j’ai découvert que ce qui a été traité comme une crise de tétanie lors de mes accouchements était en fait la reviviscence des violences sexuelles subies dans ma petite enfance.
Mes accouchements :
Les coups de boutoir que j’attribuais à mon fils en train de naître étaient en fait ceux que ma mémoire consciente avait effacés, subis sous les assauts de mes agresseurs avant même que je puisse avoir des mots.
J’étais en fait dissociée et revivais les viols de l’enfance.
Ces occasions manquées font que beaucoup de temps a été perdu pour moi, mes enfants, mes nièces et neveux, des souffrances et des abus qui auraient pu éviter.
Ma violence envers mon enfant
Lorsque mon premier atteignait 3 ans, me rendant compte que j’étais violente avec lui, j’avais entamé une thérapie, mais cela ne m’avait pas permis de comprendre mon histoire ni de protéger mes enfants de moi et de ma famille, où au moins un prédateur était actif.
Ce n’est que lorsque j’ai atteint presque 40 ans, pour protéger mes enfants, que j’ai commencé à prendre conscience d’une petite partie de mon histoire familiale et transgénérationnelle de violences et d’abus. Mon premier fils avait 9 ans, le second 2,5 ans.
J’ai élevé mes enfants seule tout en exerçant une activité professionnelle.
Le seul homme que j’ai imposé à mes enfants s’est avéré violent, abuseur, exploiteur et m’a mise sur la paille.
Pendant mon enfance et mon adolescence :
Maladies dépression, douleurs abdominales
, les médecins me mettaient systématiquement sous anxiolytiques et parlaient d’intolérances intestinales, sans faire de lien avec les signes de dépression et ni pointer le dysfonctionnement familial.
Que de temps perdu et de souffrances qui auraient été épargnées !
Quel coût pour la société et la caisse d’assurance maladie !
Je sais aujourd’hui que les signes de stress post traumatique éclairent bien des épisodes de ma vie personnelle, familiale et professionnelle.
Les problèmes de santé ont jalonné ma vie depuis l’âge de 11 ans et se sont enlisés dans des diagnostics erronés ou non et des traitements lourds, antibiotiques et pénicilline, opérations de la sphère gynéco, traitements cardiaques, antidépresseurs, antiépileptiques, anti narcoleptiques, inutiles et chers jusqu’à une mise en invalidité 4 ans avant l’âge de la retraite sont des épreuves supplémentaires. Lorsque j’osais avancer la théorie de séquelles des abus vécus dans l’enfance, j’étais alors stigmatisée, renvoyée des services, entre autre de neurologie et livrée à l’errance thérapeutique.
Petit Bonus :
Ma chance et ma malchance ont été de ne pas tomber dans une dépendance aux médicaments, à l’alcool ou aux drogues.
Malchance car peut-être aurais-je enfin obtenu une prise en charge et un accompagnement thérapeutique adapté, reconnu et remboursé par notre système de solidarité.
On compare la situation des victimes d’abus, de violences physiques et sexuelles dans l’enfance à l’abandon d’une victime d’accident polytraumatisée laissée sur le bord de la route et livrée à elle-même pour succomber ou se reconstruire.
C’est ce que j’ai vécu et continue à vivre.
Le passage par ces épreuves me donne une sensibilité pour percevoir, entendre et prendre en compte l’expression de ces traumatismes chez d’autres victimes.
Voilà pourquoi je m’implique dans des associations de prévention (Enfance Prévention), de veille (les collectives), d’écoute de soutien et d’accompagnement de victimes.
Voilà pourquoi j’espère beaucoup de l’initiative de la Dre Perrine Millet et de la sensibilisation et la formation initiale et continue des médecins.
Tout comme j’ai initié et mené des formations de professionnels travailleurs sociaux, enseignants et formateurs au travers de cycles de relations humaines et accompagnement d’échanges de pratique.
Comme les fractures consolidées qui assurent, malgré les déformations, une solidité supérieure à un membre sain, je crois que j’ai acquis au long des épreuves de ma vie une forme de solidité et des résistances qui me tiennent debout pour transformer.

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